Les stations de métro

Station Berri-UQUAM. Direction Honoré-Beaugrand. Je me dirige vers la ligne verte. De Berri à Pie-IX. C’est mon chemin pour ce soir. C’est juste un petit bout de stations, mais j’ai toujours drôlement l’impression que chaque stations sur cette ligne ont gardés un petit peu de moi. Peut-être parce que dans la vie on a toujours tendance à associer des objets et des endroits à des gens et à des événements en particulier. Et que pour ma part, c’est étrangement souvent les stations de métro. Parce que je peux facilement me rafraîchir la boîte à souvenirs à pratiquement chacune d’entre-elles.

« Prochaine station : Beaudry. » Le vent du métro me pogne dans les cheveux. Comme je demandais pour la 100e fois si c’était vraiment une bonne idée de sortir ce soir, je repense à toi. Parce que, toi, tu ne pouvais pas avoir qu’une simple station qui t’est associé. Des fois, on dirait que le vent du monde entier t’est associé. Toutes les bourrasques de vent qui me fouette le visage, l’odeur du vent le matin, le vent sur le bord de la mer, le vent dans les montagnes, le vent partout. Parce que tu fais partie de ceux qui ne laisse personne indifférent, je me dis que t’es juste encore incrusté un peu partout dans tout ce que je fais.

Je laisse passer ce petit souvenir que, parfois, j’aimerais peut-être oublié, puis la boîte à souvenirs s’ouvre de plus en plus grande, au fur et à mesure que je m’approche de la prochaine station.

Papineau. Été 2014. On est sortie à la course en coup de tête pour attraper la fin des feux d’artifices. J’ai dit « je t’aime » pour la première fois de ma vie, ailleurs que dans mes textes. J’ai souris. C’était réciproque. L’amour.

Frontenac. L’appart de la joie. Des soirées sans lendemain. Une porte toujours ouverte. Je me sentais comme chez moi. Il y a de ces amis qu’on laisse un peu derrière à certains moments de notre vie, car on ne peut malheureusement pas sauver toutes les âmes en peine de ce monde. Parfois, on s’ennuie d’eux et on ne sait pas trop comment reprendre contact. La nostalgie.

Préfontaine. Hiver 2013. Une collègue de classe croisée par hasard. Dans un moment où j’avais vraiment le moral à plat. Elle est entrée dans le wagon avec son grand sourire et a emplit tout l’espace de joie. Je la remercie en silence chaque fois que je passe ici maintenant. Le calme.

Joliette. L’été 2015 tout en entier. Des pâtes et une bière sur le balcon. On tente philosophiquement d’interpréter  le panneau publicitaire sur l’immeuble juste en face, de l’autre côté de la rue Hochelaga. Le silence. On s’est regardé. On a ri. La complicité. Le vent du métro me pogne dans les cheveux encore une fois, tout juste comme je passe cette station.

Pie-IX. Je descends ici ce soir. Je ferme les yeux pis je souris parce que je m’apprête à créer des nouveaux souvenirs à cette station-ci aussi. Je souris également parce qu’une station plus loin, il y a toutes mes « premières fois » qui s’y retrouvent. Comme j’ai vieillis. Un peu de sagesse.

Je garde mon sourire accroché tout en montant les escaliers, car je suis étrangement convaincue que les images qui me repasseront en tête lorsque je réemprunterai ce chemin, continueront de me faire sourire pour un petit bout de temps encore.

Maude Prévost

Crédit photo: @streetview_annie (Instagram)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s